L’idée revient régulièrement dans les discussions autour du football togolais. Beaucoup de supporters et de journalistes souhaitent voir un autre grand stade construit à l’intérieur du pays. L’objectif est simple, selon eux : permettre aux sélections nationales de jouer ailleurs qu’à Lomé et rapprocher les grandes compétitions des populations de l’intérieur du pays. Sur le principe, le règlement de la Coupe d’Afrique des Nations le permet. Mais derrière cette possibilité se cachent des contraintes que l’on évoque beaucoup moins.
Le règlement de la CAN autorise une association nationale à organiser un match dans la capitale ou dans une autre ville. L’article 16.2 précise que lorsque le match est disputé dans une autre ville, les frais de transport aller-retour de l’équipe visiteuse entre la capitale et la ville désignée sont pris en charge par l’association hôte. Nous allons donc rajouter des frais.
Autrement dit, construire un stade à l’intérieur du pays pourrait effectivement permettre au Togo d’y accueillir des rencontres internationales. Mais la question du stade ne serait qu’une partie du problème.
Il faudrait aussi penser à l’accès à la ville, aux déplacements des équipes, aux terrains d’entraînement et aux conditions d’accueil.
La barre des 200 kilomètres change beaucoup de choses
C’est probablement l’un des points les plus importants du règlement. Lorsque la distance entre la capitale et la ville où doit se jouer le match dépasse 200 kilomètres, l’association hôte doit assurer le transport aérien aller-retour de la délégation visiteuse.
Le déplacement doit normalement avoir lieu au plus tard la veille du match et à une heure raisonnable. Et si ce transport aérien n’est pas possible, le règlement prévoit que le match doit être joué dans la capitale, sauf accord entre les deux équipes. Cela signifie qu’un projet de stade très éloigné de Lomé ne peut pas être pensé uniquement en termes de capacité ou de qualité de la pelouse.
Il faut aussi se demander : comment les équipes étrangères vont-elles rejoindre le stade ?
Si la ville est située à plus de 200 kilomètres de la capitale, la question du transport aérien devient directement liée à la capacité d’organiser des matches internationaux. Le règlement prévoit toutefois une autre possibilité. Lorsqu’un aéroport international se trouve dans la ville où le match est organisé, ou à moins de 200 kilomètres, et que l’équipe visiteuse souhaite y atterrir directement, l’association hôte doit faciliter les formalités d’entrée sur le territoire.
Pour un éventuel projet togolais, cette disposition mérite donc une attention particulière.
Un stade moderne dans une ville de l’intérieur serait beaucoup plus fonctionnel pour les compétitions internationales s’il était accompagné d’infrastructures permettant une arrivée simple et rapide des délégations.
Le stade ne devrait donc pas être pensé seul. Il faudrait l’inscrire dans un ensemble comprenant notamment les transports, l’hébergement, la sécurité, les terrains d’entraînement et les infrastructures aéroportuaires.
Le règlement ne s’arrête pas aux déplacements. Les matches doivent être disputés sur une pelouse naturelle ou sur une pelouse artificielle de troisième ou quatrième génération. Lorsque le gazon artificiel est utilisé, il doit respecter les règlements de la FIFA. Et les exigences concernent également les entraînements.
Si le match se joue sur une pelouse artificielle, l’équipe visiteuse doit disposer de deux séances d’entraînement sur le terrain, dont au moins une à l’heure prévue pour le coup d’envoi.
Sur une pelouse naturelle, le terrain doit être mis à la disposition de l’équipe visiteuse pour au moins une séance d’entraînement la veille du match, à l’heure prévue pour le coup d’envoi. L’équipe hôte doit également mettre à sa disposition un terrain d’entraînement pendant son séjour.
Un nouveau stade devrait donc être accompagné d’une véritable infrastructure sportive.
La construction d’un deuxième stade peut répondre à plusieurs objectifs : déconcentrer les matches internationaux, permettre aux supporters de l’intérieur du pays de voir jouer les sélections nationales et développer les infrastructures sportives en dehors de Lomé.
Mais le règlement de la CAN montre qu’un stade international ne se résume pas à une tribune et à une pelouse.
Il faut pouvoir accueillir une équipe étrangère dans de bonnes conditions. Il faut lui garantir son transport, son entraînement et son hébergement. Il faut également être en mesure de respecter les exigences de la CAF en matière d’organisation.
Et lorsque le stade se trouve à plus de 200 kilomètres de la capitale, la question du transport aérien devient un élément central.
Le débat mérite donc d’être élargi
Le débat sur la construction d’un nouveau stade au Togo ne devrait pas seulement porter sur le nombre de places ou sur la ville qui pourrait l’accueillir.
La vraie question est plus large : quel modèle d’infrastructure sportive le Togo veut-il construire et peut-il durablement exploiter pour les compétitions internationales ?
Un stade situé à l’intérieur du pays pourrait représenter une véritable opportunité pour le football togolais. Mais pour qu’il puisse accueillir régulièrement des rencontres internationales, il faudrait penser en même temps aux infrastructures qui l’entourent.
Le règlement de la CAN fournit déjà une partie du cahier des charges : transport des délégations, seuil des 200 kilomètres, accès aérien, terrains d’entraînement, qualité de la pelouse, programmation et respect des exigences de la CAF.
Construire un autre stade, donc oui. Mais construire uniquement un stade ne suffirait pas. Le véritable projet devrait être celui d’un pôle sportif capable d’accueillir des compétitions internationales dans les conditions exigées par la CAF.



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