Claude Le Roy: « Maradona a généré une dévotion jamais eue à l’égard d’aucun autre joueur… »

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La planète du football perd son dieu. L’Argentine perd son garçon en or. Diego Maradona est mort. L’emblématique numéro 10 de l’albicéleste incontrôlable sur l’aire de jeu capable de tourner ses adversaires en bourrique reste indescriptible par des mots. Entre la légende, le génie, le diable et l’homme, les hommages sont écartelés. De la vénération, de l’adulation mais aussi de la commisération et quelques regrets sont autant de sentiments qui tapissent les hommages qui pleuvent de toutes parts. Claude Marie-François Le Roy entraîneur de l’équipe nationale de football du Togo rend sa part d’hommage au “El pibe de Oro”.

Pour qualifier Diego Maradona, Claude Marie-François Le Roy parle d’un garçon quelques peu en avance sur son époque, et insaisissable, en somme : « je dis précocité, ambiguïté, parce que c’était un exemple qu’il ne fallait pas toujours suivre. C’était un talent incroyable, probablement le plus doué de tous. »
Sur l’échelle des immenses stars, Claude Le Roy place Diego Maradona « au dessus de tout le monde. Socialement, c’est vrai qu’il peut être critiqué, considéré comme un menteur et un tricheur avec son addiction à la cocaïne ont fait que son comportement a pu être contestable. Mais il faut pas oublier d’où il venait; ce bidonville de Buenos-Aires où petit à petit, il s’est construit lui-même et sa légende. Je crois que le plus important et dont on ‘e parle pas assez, c’est lamour que lui ont porté tous ses coéquipiers tout au long de sa carrière. Cela ne trompe pas. C’est qu’il y a beaucoup de qualités. »

Le coéquipier qu’était justement Diego Maradona a beaucoup marqué ses congénères. Il était altruiste dans les vestiaires comme sur le terrain. Pour Claude Le Roy, « c’était véritablement un surdoué et non pas une simple star comme on le dit. Quand il faisait noir, lui c’était un soleil qui faisait rayonner tous ses coéquipiers. Il a mis du talent partout en plus de la joie. Il était resté un enfant jusqu’au bout où il est resté très fragile. Quand on entend parler tous ses coéquipiers, il a rendu tout le monde meilleur. Cela peut être rendu contestables du fait de son addiction à la drogue et à l’alcool, mais partout où il a joué, à Naples notamment qui est devenu un grand club européen alors que avant son arrivée, le club ne pesait pas grand-chose sur l’échiquier européen. L’Argentine également, il en a fait une équipe majeure. »

Le sélectionneur du Togo salue la qualité de jeu de l’argentin: « Partout où il passait, il donnait au jeu une qualité de spectacle qu’on n’avait pas connue auparavant. Il a inventé des gestes techniques et il a fini Docteur honorifique de l’Université d’Oxford. Je me rappelle cette image où on le voit avec une balle de golfe, jongler dans l’amphithéâtre avec des étudiants médusés de voir le talent qu’il était capable de démontrer partout, notamment en costume et dans n’importe quelle condition. »

Socialement, Diego Maradona ne faisait pas l’unanimité. Ses prises de positions, politiquement parlant, intriguaient et ont contribué à fabriquer la légende qu’est Diego. Claude Le Roy parle d’un homme naturellement de gauche, sans forcément avoir cette culture: « Sa dépouille va être suivie par des milliers de personnes au palais présidentiel pendant trois jours, cela explique tout ce qu’il entraînait avec lui. À chaque fois qu’il revenait d’Italie ou d’Espagne, ce sont des milliers de gens qui allaient à l’aéroport pour l’accueillir. C’est un homme de gauche qui s’est impliqué politiquement sans avoir une culture politique mais naturellement, viscéralement, il a eu cette affection, pas feinte, mais réelle vis-à-vis de Fidèle Castro et Hugo Chávez aussi. Ce qui est incroyable, il est mort le même jour que Fidèle, cinq ans après. Maradona s’est investi c’est pour cela que le peuple argentin était fou amoureux de Diego Maradona. »

Maradona reste une légende comme il n’en aura jamais eue: « Il était à Boca Junior parce que c’était le club du peuple, en opposition à River Plate. Naples, c’était l’anti Milan. Quand vous allez à Naples, il y a ses portraits partout; une immense fresque dans un quartier. Il y a une dévotion à l’égard de Maradona comme il n’en a jamais eue à l’égard d’aucun joueur de football dans le monde. Jamais. Il a des joueurs qui ont été respectés et admirés, mais avoir généré une telle dévotion, il n’en a jamais eu. »

Diego Armando Maradona a droit à trois jours de deuil national décrétés par le gouvernement argentin.

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