La Coupe du Monde 2026 embraye à la faveur de son tirage au sort, effectué ce vendredi 5 décembre 2025. Pour cette première édition élargie à 48 équipes, l’Afrique se présente avec neuf nations qualifiées et une dixième potentielle, la République démocratique du Congo encore engagée dans les barrages intercontinentaux. Mais au-delà de la présence numérique, une interrogation domine : quelle est la capacité réelle des représentants africains à hisser haut les couleurs du continent dans ce nouveau format ?
Ledit format a d’ailleurs évolué : les deux premiers de chaque groupe rejoignent les 16ᵉ de finale, accompagnés des huit meilleurs troisièmes. Une marge stratégique supplémentaire qui peut servir de parachute à certaines sélections africaines.
Pour comprendre les chances africaines, un passage en revue s’impose. Dans le commando du continent, quatre bataillons se dessinent : les favoris (bâtis pour sortir des groupes), les outsiders (capables de surprendre), le néophyte (plongé d’emblée dans les flammes) et le barragiste suspendu à un dernier défi.
Les favoris africains avec des groupes jouables, mais piégeux
Maroc – Groupe C : rester au sommet sans trembler
Le Maroc retrouve la scène mondiale avec le poids assumé de son statut : celui du premier demi-finaliste africain de l’histoire. Dans la Poule C (Brésil – Maroc – Haïti – Écosse), la hiérarchie est plutôt évidente. Le Brésil reste l’horizon vertical du groupe, mais derrière lui, le Maroc s’avance en véritable prétendant à la qualification.
Les Lions de l’Atlas connaissent les exigences du très haut niveau. Leur maîtrise tactique, leur discipline et leur profondeur d’effectif leur offrent un avantage réel sur l’Écosse, formation joueuse et sur Haïti, courageuse mais souvent débordée dans les grands rendez-vous. Le Maroc a les moyens de viser la deuxième place, voire d’espérer davantage si le Brésil se montre vulnérable. Même dans un scénario plus complexe, la troisième place reste une option solide. Un groupe à la fois ouvert et exigeant, parfait pour une équipe habituée à vivre avec la lumière.

Côte d’Ivoire – Groupe E : la reconquête d’un champion d’Afrique
Le champion d’Afrique en titre revient au Mondial douze ans après sa dernière participation. La Poule E (Allemagne – Équateur – Côte d’Ivoire – Curaçao) propose aux Éléphants une équation subtile : un géant historique, un outsider endurant et un petit poucet accessible.
Derrière l’Allemagne, l’Équateur incarne l’autre challenger sérieux : intensité permanente, transitions rapides, discipline rigoureuse. Pour la Côte d’Ivoire, la voie est lisible : battre Curaçao, puis aller chercher soit un nul stratégique, soit une victoire contre l’Équateur. Avec ses individualités capables de renverser un match en une étincelle, la Côte d’Ivoire possède une fenêtre claire vers les 16ᵉ de finale. Son destin dépendra de sa capacité à gérer les temps faibles. Le talent, lui, est déjà bien là.

Algérie – Groupe J : des embûches pour des Fennecs revanchards
L’Algérie arrive au Mondial avec un besoin viscéral de se racheter et de retrouver son rang. Le tirage du Groupe J (Argentine – Autriche – Algérie – Jordanie) lui offre un décor bien compartimenté : un sommet presque infranchissable symbolisé par l’Argentine championne du monde, un adversaire européen méthodique (l’Autriche) et un rival modeste mais sérieux, la Jordanie.
Pour les Fennecs, la bataille se joue principalement dans les deux matchs accessibles. Battre la Jordanie est impératif. Contenir ou bousculer l’Autriche devient la clé. La troisième place est un objectif crédible et dans ce format, elle ouvre bel et bien les portes des 16ᵉ. Le groupe est difficile, mais l’opportunité de renaissance est réelle.

Égypte – Groupe G : l’espoir d’un meilleur parcours
L’Égypte retrouve la scène mondiale avec l’ambition de faire un meilleur parcours. Dans la Poule G (Belgique – Iran – Égypte – Nouvelle-Zélande), la hiérarchie est claire : la Belgique reste favorite, mais elle n’est plus invincible ; l’Iran frappe par sa discipline et sa rigueur ; la Nouvelle-Zélande, énergique mais prenable, n’en demeure pas moins combative.
Les Pharaons avancent avec Mohamed Salah comme boussole. Sa capacité à transformer un match terne en moment décisif et son talent pour faire la différence dans les instants cruciaux sont des atouts majeurs. L’Égypte peut viser la deuxième place, voire négocier habilement une troisième position qualifiante. Mais pour y parvenir, il faudra dominer la Nouvelle-Zélande et contenir l’Iran avec concentration et lucidité. Mohamed Sallah qui dispute certainement sa dernière coupe du monde, tient sa dernière opportunité de laisser une empreinte dans l’histoire de l’Egypte dont les précédentes expériences au mondial restent piètres.

Tunisie – Groupe F : embuscades !
La Tunisie reste l’une des équipes africaines les plus constantes ces dernières années en Coupe du Monde. Dans la Poule F (Pays-Bas – Japon – Tunisie – Playoffs Europe B), chaque confrontation ressemble à une partie d’échecs.
Les Pays-Bas alternent phases brillantes et fragilités défensives. Le Japon joue à haute vitesse et punit à la moindre ouverture. Le barragiste européen (Ukraine, Suède, Pologne ou Albanie) est le symbole de l’imprévisibilité dans cette poule. Dans ce groupe où chacun est en embuscade, la Tunisie a une carte : jouer les matchs-pivots c’est-à-dire ceux contre le barragiste et le Japon. Avec rigueur, elle peut envisager au pire la troisième place et se glisser parmi les repêchés.

Sénégal – Groupe I : imposer sa loi dans une poule dense
Le Sénégal aborde ce Mondial avec une cohérence rarement vue dans son histoire récente. La Poule I (France – Norvège – Sénégal – Barragiste Playoffs 2) lui réserve un combat de haute intensité. La France reste favorite. La Norvège, portée par sa puissance offensive, peut bousculer n’importe qui. Le barragiste demeure imprévisible.
Mais les Lions de la Teranga savent maîtriser les joutes fermées et provoquer les détails qui font basculer un match. Ils se placent naturellement dans la course à la deuxième place, avec la troisième comme parachute stratégique. Dans ce groupe, un détail historique joue e faveur du Sénégal. Comme en 2002, l’édition qui a vu leur meilleure performance en Coupe du monde, les Lions de la Teranga retrouvent la France pour leur premier match de la compétition. Un signe peut-être ? L’issue de la poule et de ce match inaugural le dira. La certitude en revanche, c’est que le groupe est relevé, mais le Sénégal est armé pour assumer son statut.
En plus de cette cohorte de têtes d’affiche, deux outsiders (l’Afrique du Sud et le Ghana) seront aussi à suivre. Leurs poules sont contrastées, mais l’accès aux 16ᵉ n’est pas hors de portée.

Les outsiders africains et leurs chances contrastées
Afrique du Sud – Groupe A : un groupe ouvert, entre opportunité et menace
L’Afrique du Sud retrouve la Coupe du Monde dans un groupe ouvert et versatile. La Poule A (Mexique – Corée du Sud – Afrique du Sud – Playoffs D) ressemble à un carrefour de styles : passion mexicaine, discipline sud-coréenne et un barragiste européen facteur X.
Les Bafana Bafana ont pourtant, une fenêtre réelle. Ils peuvent inquiéter chacun de leurs adversaires, mais une victoire d’entrée face à la Corée du Sud serait la meilleure rampe de lancement. Rester solides derrière et jouer sur leurs forces, voilà la clé de l’Afrique du Sud dans un groupe où tout peut basculer.

Ghana – Groupe L : un chemin étroit, mais pas fermé
Le Ghana arrive en outsider légitime, prêt à chasser les certitudes. Dans la Poule L (Angleterre – Croatie – Ghana – Panama), la hiérarchie semble claire : deux géants européens, un adversaire d’Amérique centrale combatif et un Ghana teigneux.
L’équation est donc simple : battre Panama impérativement, puis aller chercher l’étincelle contre la Croatie ou l’Angleterre. Cela peut suffire à décrocher une troisième place repêchable. Le chemin est resserré, pas muré.
Aux côtés des outsiders, un néophyte africain se présente : le Cap-Vert, plongé dans une tempête pour sa première Coupe du Monde.

Cap-Vert – Groupe H : l’apprentissage dans la tempête
Le Cap-Vert découvre le Mondial dans un groupe qui ne concédera rien. La Poule H (Espagne – Arabie Saoudite – Uruguay – Cap-Vert) offre une combinaison brutale : la possession étouffante espagnole, l’intensité saoudienne, le jeu direct et physique uruguayen.
Dans cette ambiance, le Cap-Vert joue pour apprendre, mais pas seulement. Une surprise contre l’Arabie Saoudite ou un point arraché dans un match fermé peut rendre la troisième place plausible. L’épreuve est rude, mais pas insurmontable pour espérer un dénouement heureux.
Enfin, l’Afrique peut encore voir ses rangs gonflés avec la RDC, engagée dans les barrages intercontinentaux.

RDC – Groupe K (si qualifiée) : la pente la plus abrupte
Si la RDC valide son ticket, elle plongera dans la Poule K (Portugal – Ouzbékistan – Colombie – RDC). Le Portugal reste au-dessus. La Colombie arrive juste derrière avec sa vitesse et verticalité dans son jeu. L’Ouzbékistan, compact et technique, est un piège parfait.
Pour la RDC, battre l’Ouzbékistan deviendrait vital ; tout autre point serait un bonus pour espérer la troisième place.
Au demeurant, ce Mondial 2026 offre aux nations africaines un mélange rare : une marge stratégique élargie mais aussi une exigence constante et un cocktail de représentants : favoris solides, outsiders ambitieux, néophyte avide d’apprendre et barragiste suspendu à un rêve. Dans ce puzzle mondial, une chose est sûre : l’Afrique ne vient plus pour participer. Elle a des armes pour faire mieux qu’exister. Elle vient titiller et même conquérir.
Emmanuel TETE
Crédit photo : Droits réservés



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