Il est des silences qui résonnent plus fort que mille tambours. Celui du Stade de Kégué, ce lundi 13 avril 2026, en fut un. Un silence troué, bousculé, submergé par une marée humaine venue d’ailleurs, drapée de rouge, de jaune, de vert et de noir. Le Ghana n’avait pas seulement déplacé une équipe : il avait convoyé une ferveur, une discipline collective, presque une démonstration de puissance populaire que le Togo doit contrebalancer, dans le cadre du match retour des éliminatoires de la Coupe du Monde féminine U17, à Accra Sports Stadium.
Une quarantaine de bus, dit-on. Peut-être plus. Et avec eux, près de trois mille voix accordées comme une seule, une chorale patriotique, méthodique, implacable a tenu le spectacle du match aller opposant les équipes nationales féminines U17 du Togo et du Ghana. En face ? Un vide ou presque. Quelques irréductibles, esseulés, courageux mais noyés dans l’immensité sonore adverse. À croire que le match se jouait à Accra, et non à Lomé.

Et pourtant, sur le terrain, les jeunes togolaises n’ont pas sombré. Elles ont résisté, tenté, parfois même bousculé. Mais le football, surtout à cet âge, n’est pas qu’affaire de technique ou de tactique. Il est aussi, profondément, une question d’ambiance, de souffle, de ce supplément d’âme que seul un peuple peut insuffler à ses joueuses. Ce jour-là, ce souffle avait un accent ghanéen, de quoi susciter des enseignements à qui veut bien se mettre en cause.

Le peuple, terreau vital pour le football moderne
Ce qui s’est produit à Kégué n’est pas un accident. C’est un révélateur. Le Ghana a compris, mieux que nous, que le football est un fait social total. Que soutenir son équipe ne relève pas d’un simple loisir, mais d’un engagement presque civique.
Décréter l’entrée au stade, gratuite était une bonne idée. Mais une bonne idée sans stratégie d’accompagnement reste une idée inachevée. Le public ne se décrète pas, il se mobilise. Il se prépare, se chauffe, se convoque. Où était cette étincelle capable d’embraser Kégué ?

L’organisation vaut parfois autant que le talent
Les Black Maidens ne sont pas venues seules, à Lomé. Elles sont venues avec une logistique, une coordination, une vision. Ce que l’on a vu dans les tribunes est le fruit d’un travail en amont. Rien n’était improvisé.
À l’inverse, côté togolais, même le seul groupe organisé de supporters semblait abandonné à lui-même, réduit à une présence symbolique. Comme si soutenir son équipe nationale relevait d’un acte individuel, et non d’un projet collectif.

Alors, que faire avant le 18 avril ?
Le temps est court. Mais il n’est pas encore trop tard pour tout corriger sinon du moins l’essentiel. D’abord, comprendre que le match retour ne se jouera pas uniquement sur la pelouse. Il se jouera aussi dans les tribunes d’Accra. Et là encore, il ne faudra pas laisser le monopole de la voix aux Ghanéens. Il faudra:
Organiser une caravane de supporters togolais.
Pourquoi ne pas affréter, à l’image du Ghana, des bus de supporters depuis Lomé et les grandes villes? Encadrés, identifiés, motivés. Le symbole serait fort. Et l’impact psychologique serait comparable à l’exercice ghanéen de Lomé.
Structurer et valoriser les groupes de supporters
Il existe au Togo des passionnés, des fidèles. Mais ils manquent de reconnaissance, de moyens, de coordination. Il est urgent de leur donner une place centrale dans le dispositif.
Mobiliser la diaspora togolaise au Ghana
La diaspora Togolaise nombreuse, active, influente peut être ce relais précieux, cette “douzième joueuse” que les Éperviers cadettes n’ont pas eue à Kégué.
Créer une campagne nationale de soutien
Radio, réseaux sociaux, leaders d’opinion : tout doit converger vers un seul message — le Togo joue gros, le Togo doit être derrière ses filles.
Maintenir et amplifier les incitations populaires
La gratuité est un début. Mais il faut aller plus loin : transport subventionné, animations, implication des centres de formation. Une question de fierté, plus que de football. Au fond, la question dépasse ce match. Elle interroge notre rapport à nous-mêmes. À notre capacité à faire bloc, à nous mobiliser, à porter nos couleurs avec fierté et constance. Le Ghana a gagné 2-0 à l’aller. C’est un avantage sportif. Mais il a surtout remporté une bataille symbolique : celle de la présence, de la ferveur, de l’engagement populaire.
Le 18 avril, à Accra, les Éperviers cadettes auront besoin de plus que du talent. Elles auront besoin d’un peuple. Même en territoire adverse.
Car au football comme dans la vie, il est des défaites qui enseignent. À condition de savoir les écouter.
Arnaud BOCCO



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